Polymarket bloqué en France : l’ANJ interdit l’accès au célèbre marché de prédiction

L’Autorité nationale des jeux durcit le ton face aux marchés de prédiction en ligne. Le 16 juillet 2026, le président de l’ANJ a ordonné aux fournisseurs d’accès à Internet français de bloquer le site Polymarket. Le régulateur considère que la plateforme fait la promotion d’une offre de jeux d’argent et de hasard illégale en France.
Cette décision marque une nouvelle étape dans un dossier suivi par l’autorité française depuis novembre 2024. Malgré un premier dispositif de géoblocage destiné à empêcher les transactions depuis la France, Polymarket continuait d’attirer un public français particulièrement important.
🚫 L’ANJ ordonne le blocage complet de Polymarket
Dans un communiqué publié le 17 juillet 2026, l’ANJ annonce avoir utilisé son pouvoir de blocage administratif à l’encontre de Polymarket. Les fournisseurs d’accès français doivent désormais empêcher leurs abonnés d’accéder au site.
Selon l’autorité, Polymarket ne dispose d’aucune autorisation lui permettant de proposer ses marchés aux joueurs français. Le site restera bloqué aussi longtemps qu’il ne respectera pas la réglementation nationale applicable aux jeux d’argent, a également précisé l’ANJ à Reuters.
Le régulateur ne s’est donc pas contenté d’interdire les dépôts ou la participation aux marchés. La mesure concerne cette fois l’accès au site lui-même depuis une connexion Internet située en France.
🔎 Polymarket, c’est quoi exactement ?
Polymarket est une plateforme de marchés prédictifs permettant de miser sur la réalisation d’événements futurs. Les sujets proposés peuvent concerner les élections, le sport, l’économie, les cryptomonnaies, la météo ou encore les conflits géopolitiques.
Chaque marché prend généralement la forme d’une question à laquelle les utilisateurs répondent par « oui » ou « non ». Le prix d’une position évolue en fonction de l’offre et de la demande, avant qu’un paiement soit effectué lorsque le résultat de l’événement devient connu.
Ce fonctionnement ressemble en apparence à celui d’un marché financier. Toutefois, pour l’ANJ, le fait de miser une somme d’argent sur un événement incertain dans l’espoir d’obtenir un gain fait entrer ces services dans la catégorie des jeux d’argent. Leur présentation comme un produit de trading ou un outil de prévision ne suffit donc pas à les soustraire à la législation française.
📅 Un dossier ouvert depuis novembre 2024
L’attention de l’ANJ avait été attirée dès novembre 2024 par les activités de la société Adventure One QSS Inc., présentée par le régulateur comme l’entité proposant les services de Polymarket.
À la suite d’une première mise en demeure, l’entreprise avait instauré un géoblocage empêchant les transactions financières depuis le territoire français. Le site restait néanmoins consultable et les restrictions pouvaient, en pratique, faire l’objet de contournements.
En février 2026, l’ANJ avait déjà publié une mise en garde rappelant que les plateformes de prédiction n’étaient pas autorisées en France. Elle invitait les internautes à la prudence face à des services accessibles en permanence et dépourvus de plusieurs mécanismes de protection imposés aux opérateurs agréés.
📈 Plus de 205 000 visiteurs français en un mois
La popularité croissante de Polymarket en France a manifestement pesé dans la décision de l’autorité. D’après les chiffres Similarweb repris par l’ANJ, la plateforme a enregistré 578 751 visites et 205 057 visiteurs uniques en France au cours du seul mois de juin 2026.
Même sans transaction directe, sa page d’accueil affiche en temps réel les probabilités et les cotes associées aux différents événements. Pour le régulateur, cette présentation constitue un vecteur de promotion d’une offre de jeu non autorisée.
L’ANJ rappelle que la publicité en faveur d’un site de jeux d’argent illégal constitue un délit pénal. La diffusion publique des cotes et rapports d’un opérateur non agréé à des fins promotionnelles peut également être sanctionnée. L’amende encourue peut atteindre 100 000 euros.
⚠️ Des soupçons de manipulation autour de paris météo
La question réglementaire n’est pas la seule raison invoquée. L’ANJ s’inquiète également de l’intégrité de certains marchés proposés sur Polymarket.
Des paris portant sur des données météorologiques auraient notamment révélé une possible manipulation de sondes météo. Une enquête a été ouverte le 4 mai 2026 par la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris et confiée à l’Office anti-cybercriminalité.
Selon l’autorité, cette affaire a aussi mis en évidence l’absence, sur les plateformes mises à la disposition des publics français et européen, d’un dispositif d’identification suffisamment robuste. Un contrôle KYC permet normalement de vérifier l’identité, l’âge et, dans certains cas, la provenance des fonds d’un utilisateur.
Reuters souligne de son côté que les marchés prédictifs font l’objet d’une surveillance croissante, notamment en raison des risques de pertes importantes et de manipulation de certains résultats.
🎯 Des risques similaires à ceux des jeux d’argent
Pour l’ANJ, les marchés de prédiction possèdent plusieurs caractéristiques susceptibles de favoriser une pratique excessive : fonctionnement 24 heures sur 24, renouvellement permanent des marchés, absence de limites de temps et possibilité de multiplier rapidement les positions.
Le vocabulaire du trading peut également donner à l’utilisateur l’impression qu’il investit ou qu’il possède une expertise supérieure à celle des autres participants. Cette « illusion de compétence » risque d’encourager la répétition des mises et la poursuite des pertes.
Contrairement aux opérateurs agréés en France, une plateforme non autorisée n’offre pas nécessairement les mêmes garanties en matière de vérification de l’âge, de lutte contre l’addiction, de plafonnement des dépôts ou de traitement des litiges. Un joueur français rencontrant un problème de retrait ou de fermeture de compte peut ainsi disposer de recours particulièrement limités.
🌍 Une offensive réglementaire internationale
La France n’est pas le seul pays à intervenir contre Polymarket. Plusieurs États européens ont déjà imposé des restrictions ou un blocage à la plateforme, notamment l’Allemagne, la Belgique, la Suisse, la Pologne, les Pays-Bas, la Grèce, l’Italie, le Portugal et l’Espagne.
Cette diversité de décisions illustre le statut encore complexe des marchés prédictifs. Certains pays les rapprochent des produits financiers, tandis que d’autres considèrent clairement qu’il s’agit de paris nécessitant une licence de jeux d’argent.
L’ANJ adopte pour sa part une position sans ambiguïté : en France, miser de l’argent sur l’issue incertaine d’une élection, d’une rencontre sportive ou de tout autre événement via une plateforme comme Polymarket relève d’une offre de jeu non autorisée.
📱 Quelles conséquences pour les utilisateurs français ?
Le blocage signifie que le domaine Polymarket doit devenir inaccessible par l’intermédiaire des principaux fournisseurs d’accès à Internet français. Les utilisateurs possédant déjà un compte doivent éviter de chercher à contourner la restriction, notamment au moyen d’un VPN.
Une telle méthode ne transforme pas l’offre en service légal et peut aussi contrevenir aux conditions d’utilisation de la plateforme. Elle peut entraîner une demande de vérification supplémentaire, une suspension du compte ou des difficultés pour récupérer les fonds.
Les utilisateurs concernés doivent privilégier les canaux officiels de la plateforme pour obtenir des informations sur leur solde et les éventuelles procédures de retrait. Ils ne bénéficient toutefois pas des mêmes protections qu’auprès d’un opérateur titulaire d’un agrément français.
🛡️ Une nouvelle illustration de la lutte contre les sites illégaux
L’affaire Polymarket s’inscrit dans la politique générale de lutte contre les jeux d’argent non autorisés. L’ANJ indique avoir fait bloquer 1 290 URL en 2025, grâce au pouvoir administratif dont elle dispose pour agir contre les opérateurs illégaux.
La taille de Polymarket et la variété de ses marchés donnent cependant à cette décision une portée particulière. Le blocage montre que les plateformes utilisant la blockchain, les cryptomonnaies ou le vocabulaire des marchés financiers ne sont pas automatiquement exclues du champ de la réglementation des jeux d’argent.
En France, l’analyse porte avant tout sur le fonctionnement réel du service. Lorsqu’un utilisateur engage de l’argent sur un événement incertain avec l’espoir d’obtenir un gain, l’ANJ peut considérer qu’il s’agit d’un jeu d’argent, quelle que soit la technologie employée ou la manière dont la plateforme se présente.










